Nom français : Ortie dioïque, grande ortie

Nom latin : Urtica dioica L.

Famille botanique : Urticacées

Plante vivace, dioïque (certains plants sont mâles, d’autres femelles), haute de 50 cm à 2 m, munie de poils raides et urticants ; à grandes feuilles vert sombre opposées et dentées, et fleurs vertes en grappes ramifiées .

(L’ortie brûlante, petite ortie, Urtica urens L.  plante monoïque, annuelle ne dépassant pas 70 cm de haut)

Il existe de nombreuses espèces du genre Urtica dans le monde, dont la Ramie, l’Ortie géante de l’Hymalaya, l’Ortie géante d’Australie pouvant atteindre plus de 20 m de haut… et aussi des espèces du genre Parietaria que l’on confond parfois avec les Orties.

Une trentaine d’espèces d’insectes sont directement inféodées à l’ortie, c’est à dire qu’elles disparaitraient irrémédiablement si la plante hôte venait à être éradiquée : le papillon petite tortue ou vanesse de l’Ortie par exemple. 

L’Ortie héberge et/ou nourrit certaines mouches, champignons, pucerons, coccinelles, syrphes, coléoptères, cicadelles, psylles, d’autres papillons : paon du jour, vulcain, vert-doré, belle-dame, pyrale de l’Ortie, écaille mendiante, … mais aussi des petits mammifères herbivores et des oiseaux . 

Un mélange riche en histamine, formiate de sodium, sérotonine et acétylcholine est contenu, sous pression, dans un renflement à la base du poil ou dard, comparable à une ampoule de verre. 

Au moindre frottement la « pointe de verre » se plante dans l’épiderme comme une aiguille, libérant le liquide urticant.  (1/10 000 de milligramme suffit pour provoquer l’irritation et l’apparition de cloques).

Frottez alors l’endroit irrité avec de la terre sèche ou de l’urine ou du suc de feuilles de plantain, de menthe, de mauve, d’oseille… 

Adaptation d’un conte amérindien extraite du livre « Compagnon végétal -les secrets de l’Ortie » de Bernard Bertrand  éd. Terran

C’était il y a bien longtemps, au grand début de la vie sur terre. 

Le Grand Manitou, Créateur de toutes choses, s’appliquait à ordonner chaque élément .

Il avait commencé par donner la vie aux végétaux, puis aux animaux, et enfin aux êtres humains.

Parmi les premiers, il y avait de grands arbres, qui protégeaient les plus petits, eux-mêmes protégeant de frêles végétaux qui recouvraient le sol d’un immense tapis vert.

Parmi toutes ces plantes, il en était une dont il était fier, une petite merveille aux mille pouvoirs, dont la vocation était de soigner et le sol, et les autres plantes, et les animaux, et les êtres humains .

Pour que chacun puisse la reconnaître facilement, elle s’épanouissait dans une splendide parure dorée. Ses fleurs et ses fruits resplendissaient de mille éclats à la simple lumière du jour.

Au bout de quelques temps, le Créateur entend une longue lamentation . Bien vite il découvre sa plante fétiche pleurant à chaudes larmes .

  • Qu’as tu donc, petite fleur, toi qui as tout reçu de moi, quelle est la cause de ce tourment ?
  • J’ai tant de vertus, je soigne tant de maux, que les animaux de la forêt et les êtres humains m’arrachent sans ménagement, récoltent mes graines avant même que je puisse me reproduire, mutilent mes plus belles pousses dès leur plus jeune âge . Si ça continue, je vais bientôt disparaître à tout jamais !

Le Grand Manitou, ému, s’éloigne en promettant d’aider la petite plante .

Mais le dilemme n’était pas facile à résoudre : comment faire en sorte que la plante garde ses pouvoirs, si utiles pour le bien-être de tous, tout en étant respectée et protégée d’une razzia impitoyable ? 

Il ne lui fallut pas moins de trois jours pour résoudre le problème.

Au bout de ce temps, par un beau matin, la petite plante aux mille vertus se réveilla, entièrement recouverte d’une robe d’un vert on ne peut plus banal . Même ses fleurs eurent droit au traitement !

Elle ne s’en offusqua pas et comprit bien vite qu’ainsi elle passerait inaperçue .

Pour parfaire sa protection, le Créateur eut aussi l’idée de l’armer d’un manteau de dards urticants .

Dans ces aiguilles acérées, il avait concentré un produit miraculeux aux pouvoirs thérapeutiques très puissants .

Les premières fois, humains et animaux ne comprirent pas ce qui se passait : chaque fois qu’ils touchaient la plante tant aimée, ils souffraient d’horribles brûlures. La plante dorée devint la plante qui brûle, l’Ortie brûlante ! 

Ils la délaissèrent quelque temps, mais ne pouvant se dispenser de ses bienfaits, ils apprirent bien vite à détourner ce handicap .

Malgré tout, rien ne fut plus comme avant ; ayant compris la leçon, ils se mirent à respecter la plante et lui demandèrent pardon chaque fois qu’ils eurent besoin de ses services . Ils ne l’utilisèrent plus qu’avec beaucoup de discernement .

Depuis ce jour, l’Ortie a pu se multiplier librement et coloniser toute notre planète.  Et pour bien montrer aux hommes qu’elle n’est pas rancunière, elle a choisi de les accompagner dans tous leurs nouveaux campements, assurant ainsi sa mission en toute sérénité . 

Différents usages

  • alimentaire avec les jeunes pousses fraîches en  soupe, purée, …  
    • boulettes d’orties :  pour 4 à 6 personnes, 500g de pommes de terre, lait, 2 oeufs, 200g d’orties     
    • Faites une purée de pommes de terre onctueuse, cuisez séparément les orties ( 3 à 5 minutes de cuisson) et les moulinez . Mélangez les avec la purée, liez le tout avec deux oeufs, formez des boulettes, cuisez-les à four chaud, ou à la friture .
  • vétérinaire en mélange à l’apport nutritif des animaux d’élevage 

  • jardinier :  en purin à diluer, en décoction, en infusion, en macération ou simplement ajoutées sur le tas de compost ou dans les trous de plantation des tomates, etc selon les besoins

  • médicinal :  
    • l’Ortie ayant des propriétés dépuratives, diurétiques, reminéralisantes, antianémiques, stimulante des fonctions digestives et du péristaltisme, hémostatique, hypoglycémiantes, anti-inflammatoire, antiallergique, anti-séborrhéique, stimulant du cuir chevelu, anti pelliculaire ; décongestionnant de la prostate (teinture-mère de racines)

  • textile :
    • Les Orties, Petites et Grandes, furent récoltées et préparées afin d’extraire les fibres par rouissage, broyage, teillage et filage, comme pour le lin et le chanvre . On en faisait alors des toiles tissées appréciées en tant que linge de maison, étamines pour filtrer le lait et préparer les fromages, … 
    • Une méthode simplifiée pour fabriquer de la filasse : récolter les orties en août-septembre quand les graines sont mûres, les feuilles fanées, les tiges jaunâtres ou rouge pâle. Couper les tiges à ras du sol sans arracher les racines ; les faire sécher 2 jours, enlever les dernières feuilles, lier les tiges en bottes et les mettre à rouir dans de l’eau claire durant 6 à 7 jours, puis les faire sécher. Ensuite les tiges doivent être travaillées (comme écrasées puis peignées) pour détacher les fibres qui pourront alors être filées. (d’autres méthodes permettent de faire des petites cordelettes par exemple)

  • Tinctorial :
    • Racines, jeunes pousses ou feuilles d’Ortie permettent d’obtenir des couleurs de différents jaunes au presque vert olive 

  • Autres usages : 
    • feuilles d’Ortie pour emballer des aliments, poissons fraichement pêchés, en lit de conservation pour les pommes et poires stockées pour l’hiver
    • Pour nettoyer les chaudrons à fromage, les fûts de cidre, …

Sources

« Flore de la Belgique 2007» éditions Erasme

« La phytothérapie » de Yves Vanopdenbosch, éditions Amyris  2013

« Le compagnon végétal – les secrets de l’Ortie » de Bernard Bertrand, éditions terran   2010